Groupe politique des élus et élues d'opposition à Toulouse et sa Métropole. Démocratique, solidaire & engagé pour le climat.
Conseil Municipal 01/12/2023 – Liminaire Aymeric – Caroline
Conseil Municipal 01/12/2023 – Liminaire Aymeric – Caroline

Conseil Municipal 01/12/2023 – Liminaire Aymeric – Caroline

Partie Aymeric :  

 

Monsieur le Maire, Mesdames et messieurs, chèrEs collègues, 

 

Je vais tâcher de m’appliquer afin de ne pas être accusé de bafouiller par une personne, qui assiste à ce conseil municipal et qui en fera une restitution dans quelques jours. Restitution qui permet de prendre un certain recul et qui donne vraiment à voir le coté théâtral de cet exercice auquel nous nous adonnons toutes et tous. Parce que nous avons chacune et chacun notre rôle défini dans ce conseil, que l’on attend de nous, qui fait le bonheur de la presse écrite, avide d’escarmouches et de coups d’éclats. 

 

Alors soit : tant qu’à être dans un rôle attendu, je vais répondre à cette attente et parler d’un de mes sujets classiques. Vous me connaissez, à force : quand je ne parle pas de vélo ou de sujets féministes, je parle de mon quartier. Bon, ben voilà, je vais évidemment vous parler des Pradettes.  

 

Les Pradettes, c’est un joli nom pour un quartier. Mais ça signifie quoi ? L’origine du nom, c’est pour désigner “les petits prés”. Ma voisine me raconte que quand son fils, qui a quasiment mon âge, donc vieux-mais-pas-trop, allait à l’école à Ferdinand de Lesseps, on voyait les moutons qui paissaient tranquillement dans les prés à côté. Il y avait de la verdure, que grignotaient petit à petit les moutons et quelques constructions.

 

Une grosse trentaine d’années après, que reste-t-il des petits prés ? Bah plus grand-chose. Hormis les parcs autour des écoles Lesseps et Viollet le Duc, que Bordeblanche, dont vous allez signer l’arrêt de bétonisation dans moins de 2 heures, après le débat sur le budget. 180 logements vendus aux promoteurs, plus les 70 de la résidence intergénérationnelle. Alors oui, c’est moins que le projet initial, mais c’est plus que le projet de ferme agro-urbaine souhaitée, voulue, portée par les habitantes et les habitants.  Vendu pour 6 millions d’euros. Vendu alors qu’il existe un recours au tribunal pour demander l’annulation de l’OAP, étant donné qu’elle ne respecte pas, d’après les requérants, le nombre de logements à l’hectare défini par le SCOT pour une zone qui n’est desservie que par un réseau de bus. Vous avez déjà eu 2 documents majeurs retoqués par le tribunal alors que des associations vous avaient mis en garde contre leur non-conformité, nous verrons s’il y en aura un troisième.  

 

Mais les Pradettes ont d’autres problèmes ; on parle d’une augmentation de la prostitution des mineurEs dans la zone du grand Mirail, on entend trop souvent des démonstrations festives de la part des dealers de drogue, on constate que des bandes de jeunes se forment et s’approchent de plus en plus près de la délinquance : on ne peut que regretter le manque de personnel de l’accueil jeune dans le quartier : il faudrait doubler l’effectif des animateurs, et leur permettre d’aller à la rencontre des jeunes dans le quartier, ce qu’ils n’ont pas droit de faire actuellement. Et pensons aussi aux personnes âgées, ainsi qu’aux autres personnes ayant des difficultés pour se déplacer : cela fait quelques années déjà que la mairie de quartier a fermé, la présence le mardi matin d’un bus mairie tente de pallier cette carence, et voilà qu’avec le redécoupage des bureaux de votes, nous devrons nous rendre au petit Capitole pour voter, et non plus à Viollet le Duc tout proche : aux Pradettes comme ailleurs dans la ville, des bureaux de vote certainement jugés stratégiques ont été remaniés : pour quelle raison ? Notre brillant collègue Sacha s’est ouvertement épanché sur les réseaux sociaux en arguant qu’il avait du mal à trouver des scrutateurs, et que les opposantEs n’en fournissaient pas. Cette accusation diffamatoire et calomnieuse n’a pas été démentie, et c’est fort regrettable, parce que tout en jouant chacune et chacun notre rôle dans ce conseil municipal, nous tâchons quand même de ne pas transformer la réalité. Je ne sache pas que quiconque d’entre nous, dans la minorité, se soit défilé de son devoir lors de la tenue des bureaux de votes. Il est donc fort regrettable que des fanfaronnades pareilles aient lieu. 

 

Pourtant il y a aussi de belles réalisations de votre part : on voit de plus en plus dans la ville des pistes cyclables bidirectionnelles où l’on se sent en sécurité (ça c’est pour mon côté vélo) ; j’ai assisté mardi dernier au bilan présenté par Julie Escudier de la première année de “demandez Angela”, qui permet d’apporter assistance aux personnes victimes de violences (ça c’est pour mon côté féministe). Mais à côté de ça, on voit aussi les enfants jetés à la rue, en se défaussant sur la responsabilité de l’Etat ; nous avons entendu vos propos d’introduction, sur la régulation de l’immigration, les OQTF, et que toutes les situations ne se valent pas : il est trop facile de se cacher derrière les causes pour refuser de traiter les conséquences. Parfois, monsieur le Maire, l’humanité passe avant la légalité : Agathe en reparlera durant ce conseil, car cette situation a choqué beaucoup de personnes. 

 

En ce jour de conseil municipal, nous avons aussi un mot pour les agentes et agents de police municipale qui sont en grève pour défendre leurs droits. Nous espérons que leurs revendications légitimes seront prises en compte rapidement. 

 

Je vais maintenant, si vous le permettez, passer la parole à Caroline pour la suite du liminaire. 

 

Partie Caro :  

Monsieur le Maire, Chères et Chers Collègues, 

  

Je prends donc la suite d’Aymeric qui vient de témoigner d’un vécu, au sein d’un quartier, pour donner du corps et de l’émotion, et c’est important de rappeler que toutes les décisions prises ici ont un impact sur la vie des gens.  

Pour ma part, je vais élargir la focale pour montrer ce que ces exemples ont de systémiques et en quoi finalement tout cela est symptomatique d’un problème plus ample, qu’on pourrait résumer en une formule : « nous n’avons pas les mêmes valeurs…. » 

  

Pendant la campagne de 2020, le principe était : « tous les coups sont permis, même les plus abjects ». Vous avez stigmatisé, exagéré, caricaturé vos adversaires, disqualifié les personnes plutôt que critiqué les idées, pour favoriser l’émergence de clivages entre deux camps que vous vouliez rendre antagonistes et irréconciliables. C’était la campagne, tout était bon pour gagner. 

Vous avez poursuivi une fois à nouveau en responsabilité : dans cette enceinte et en-dehors, vous déconsidérez l’opposition, limitez sa parole, opposez les habitantEs les uns aux autres.  

Ici même, vous avez dévoyé le principe des vœux qu’on examine en fin de Conseil :  

  • En proposant régulièrement des vœux (alors que vous n’en avez pas besoin : devons-nous vous rappeler que vous avez les manettes et donc tout le loisir de faire adopter vos propositions via des délibérations classiques ?) dans lesquels vous semblez céder à la tentation politique et médiatique actuelle, qui cherche à provoquer, à simplifier abusivement le réel, de manière manichéenne et réductrice, pour fustiger ce que vous, avec d’autres, appelez les écoterroristes ou les islamogauchistes. 
  • En usant, au nom de votre qualité de président de séance, du droit à ne pas inscrire des vœux que nous proposons, souvent de manière injustifiée et arbitraire, puisque vos propres vœux ne passeraient pas au crible des critères que vous avancez pour refuser les nôtres. 

  

Mais, plus grave, ces pratiques populistes, disons le mot, débordent de cette enceinte, pour se retrouver dans votre communication – la vôtre et celle de plusieurs de vos collègues – sur les réseaux sociaux, dans la presse, lors de certaines de vos prises de parole publiques.  

  

Quelques exemples, parmi d’autres.  

  • Vous dites être attaché à la loi, vous vous retranchez derrière quand il s’agit de faire expulser des mineurs migrants non accompagnés, des enfants qui dorment dans une école. 

Et alors même que vos services, dans la même période, organisent un évènement, très réussi, autour de la journée des droits de l’enfant… Doit-on vous rappeler que parmi ces droits, il y a celui de tous les enfants à être protégés, de manière inconditionnelle ? Inconditionnelle, ça veut bien dire sans condition, c’est-à-dire sans critères discriminants liés à une origine ou une situation administrative. Ces enfants sont scolarisés dans les écoles de Toulouse, ce sont donc des toulousainEs, vous devez les protégez, vos déclarations sont irresponsables, immorales. Vos propos affirmant qu’on ne peut les accueillir dans les écoles, parce que, je cite « on ne sait pas dans quel état on va retrouver les locaux », ont des relents indignes. Ce n’est pas une question de loi qui impose d’agir en la matière mais un devoir de solidarité.  

Là, vous vous cachez derrière la loi, mais vous condamnez cette même loi, ces mêmes juges, quand elle retoque votre PLUIH ou votre PDU, quand elle ne fait pas vos affaires.  

  • Vous condamnez, et nous exhortez à faire de même, sans nuance, les dégradations de ceux que vous appelez les écoterroristes, qui alertent sur l’urgence d’une bifurcation écologique pour que notre planète reste habitable ; ou les manifestants contre la réforme des retraites, qui font pourtant valoir un droit d’expression reconnu par la Constitution. Certains de vos collègues vont même jusqu’à les traiter de « cons », ou de « débiles » sur les réseaux sociaux.  

Mais dans le même temps, quand ce sont des agriculteurs qui dégradent des biens publics, votre condamnation est à demi-mots.  

Pire, quand Furie Française, groupuscule d’extrême-droite, manifeste à Toulouse, vous n’avez aucun mot, pour condamner leurs cris de haine et leurs publications qui parlent de « racaille extra-européenne » : là, vous n’en appelez pas au Préfet pour qu’il interdise cette manifestation pourtant susceptible de porter atteinte à l’ordre public, comme cela a été le cas à Romans-sur-Isère ou à Rennes dimanche dernier. 

Tous ces exemples montrent une tentation à laquelle vous avez cédé : celle qui consiste à nourrir le ressentiment et le morcellement de la société, à caricaturer pour discréditer ceux qui ne pensent pas comme vous. 

  

On pourrait dire que c’est parce que c’est le jeu dans une campagne électorale, qui a déjà repris. Mais la vérité, c’est que ce n’est pas une question de campagne ou de combat politique, la vérité c’est que c’est votre nature et votre objectif. Simplifier à l’extrême, retirer toute nuance, faire taire les voix discordantes, même au sein de votre camp. Vous affublez beaucoup de monde de l’adjectif « extrémiste », mais qui est extrémiste ? N’est-ce pas vous, plutôt ? 

Ce n’est pas le fait que vous soyez dans la contradiction parfois, qui est problématique, tout le monde a ses contradictions et les êtres les plus dangereux sont ceux qui refusent de l’admettre. Non, le problème, c’est que vous avez passé la ligne rouge.  

Cette manière de faire est dangereuse. En l’adoptant, vous tournez le dos au principe même de responsabilité publique, qui devrait, qui doit viser à construire l’unité, au-delà des différences de modes de vie, d’origines, de points de vue.  

Le rôle des éluEs est de contribuer à ce que chacun se sente entendu et respecté, traité à égalité et non jugé et caricaturé. C’est une condition indispensable pour que le contrat social soit accepté par toutes et tous, que le lien entre les citoyens soit noué, que chacun puisse développer un sentiment d’appartenance et de communauté de destins.  

En faisant le choix, pour de sombres objectifs électoralistes, de mettre en avant de manière brutale une vision de la société inéluctablement fracturée et divisée, vous vous comportez comme un Pascal Praud local, en plus de vous exprimer régulièrement dans des médias qu’il apprécie. Mais et tout cela ne prête pas à rire parce que cela met à mal la démocratie. 

  

Nous n’avons les mêmes valeurs. Nous sommes convaincus que ce dogmatisme politique et médiatique que vous faites vôtre ne reflète pas les aspirations des citoyennes et des citoyens, qui refusent, majoritairement la polarisation, l’essentialisation des incompréhensions et des haines, qui veulent vivre dans une société apaisée. 

 

Nous, nous sommes pour la solidarité et croyons qu’un monde où tout le monde a sa place est possible, chacunE avec ses différences, nous sommes convaincus que les désaccords sont féconds, et nous souhaitons incarner ces valeurs.