Monsieur le Maire, chers collègues,
Je profite de l’occasion de cette délibération pour évoquer le dernier rapport du haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes sur l’état des lieux du sexisme en France, parce qu’il est très instructif et doit nous alerter sur les difficultés rencontrées spécifiquement par les femmes et par les acteurs qui les soutiennent. Et alors même qu’on a appris cette semaine que le 3919, numéro qui permet aux femmes victimes de violences d’être aidées, voit se multiplier des vagues d’appels malveillants, une montée des pressions et des intimidations.
Le rapport 2024 de ce Haut Conseil à l’Egalité invitait à « s’attaquer aux racines du sexisme » ; celui de 2025 s’inquiétait d’une forte « polarisation sociale » autour des enjeux d’égalité de genre. Dans le rapport 2026 publié le 21 janvier dernier, c’est à un véritable électrochoc qu’il appelle de ses vœux. Le rapport estime en effet qu’il y a urgence à s’emparer « du problème du sexisme et de la menace sécuritaire que les masculinistes font peser sur notre pays » par leurs idées « violentes et radicales ».
Ce rapport est une mine d’informations pour mieux comprendre les mécanismes qui sont à l’œuvre dans le sexisme. Un aspect qu’il m’a semblé intéressant de vous partager, la description des deux dimensions du sexisme :
- Le sexisme hostile d’abord, est celui auquel on pense a priori : méfiance à l’égard des femmes, rejet et dévalorisation systématique, comportements discriminatoires ou violents… Cette forme, d’après le rapport, « fait écho aux discours masculinistes contemporains, fondés sur l’idée d’une « inversion des discriminations », selon laquelle les hommes seraient désormais les principaux perdants d’une égalité supposément déjà atteinte ».
- Le « sexisme paternaliste » ensuite, est moins visible car plus ordinaire, plus subtil, plus implicite. Il consiste à percevoir les femmes « comme des êtres fragiles et inférieurs nécessitant une protection constante ». Bienveillante, en apparence, dans les faits elle assigne les femmes à un état de dépendance, et les enferme dans des représentations stéréotypées patriarcales. Ce sexisme, moins brutal, moins assumé, plus diffus, semble moins dangereux et bénéfice donc d’une « forte acceptabilité sociale ». Pourtant il « participe tout autant, sinon davantage, à la perpétuation des inégalités et des violences » et au renforcement des rapports de domination.
Le rapport appelle donc à prendre en compte, dans la lutte contre le sexisme, ce continuum qui va de « ses formes les plus normalisées, celles qui, sous prétexte de « respect » ou de « tradition », naturalisent les hiérarchies entre les sexes », à « ses expressions les plus visibles » et les plus violentes.
Ces deux formes traversent « l’ensemble de la société française », et ce « indépendamment de l’âge, de la catégorie socio professionnelle, du niveau d’éducation ou du lieu de résidence ».
Je trouvais intéressant de vous faire part de cette analyse, pour nourrir vos réflexions sur le sujet, chers Collègues, pas tant celle de Julie Escudier, qui connait tout ça, mais des autres membres de cette assemblée.
