Caroline Honvault :
Monsieur le Président, Madame la Présidente du CODEV, cherEs collègues,
C’est une coutume d’avoir chaque année la présentation du rapport d’activité du Conseil de Développement (CODEV). Et cette année est forcément particulière puisqu’elle est la dernière de ce mandat.
Merci tout d’abord à Mme Jaillet, pour cette présentation. Je me joins aux remerciements plus généraux exprimés par le Président de cette assemblée, à votre attention et à celle des membres.
Le Codev, le bilan présenté le démontre, n’a pas chômé, répondant à l’ensemble des saisines que lui a adressé la Métropole sur ce mandat, y compris celles qui se sont dessinées au sein de cette assemblée – je pense notamment à celle sur l’égalité de genre.
Par son implication dans la mise en réseau des Codev d’Occitanie, le CODEV adopte une posture inspirante, celle que doit adopter la Métropole à l’heure où réciprocité et coopérations territoriales sont les seules réponses face aux crises sociales et climatiques qui nous touchent et nous attendent.
Et sur cette analyse, nous nous rejoignons, si on en croit vos propos, Monsieur le Président, dans une interview, qui date déjà un peu 2023, dans le journal le Point, où vous disiez :
« Notre mission, face au dérèglement climatique, est bien de développer un mode de vie urbain des courtes distances et de la densité, que ce soit en métropole ou en petite ou moyenne ville. »
Il est simplement dommage que ces paroles ne semblent qu’imparfaitement se traduire dans les actes que vous posez. Et que vous envisagez de poser, si on en croit le contenu d’un tract que votre liste a réalisé et qui est distribué sur les marchés et dans les boites aux lettres, dans lequel vous nous reprochez de vouloir mettre les moyens pour que le projet de RER puisse se concrétiser.
Pour en revenir au CODEV, nous saluons également l’amélioration de la coopération entre lui et les services de la métropole. Nous avons pu le constater notamment lors du déploiement du cycle de conférences sur les transitions environnementales et sociales. Si nous avons pu assister à certaines d’entre elles destinées au grand public, nous nous félicitons que ces conférences se soient également tenues à destination des agent·es.
Bref, l’apport du CODEV à la réflexion, les chemins qu’il trace, démontrent son utilité.
Pour lui permettre de l’être encore plus, il faudrait, il faudra donner les moyens humains et matériels de poursuivre cette manière singulière de faire vivre le débat autour des enjeux métropolitains.
Il faudrait, il faudra, également, respecter son indépendance et son autonomie. Contrairement à la tentation que vous avez pu manifester durant ce mandat, lisible via la réponse lunaire que vous avez faite au rapport sur le genre et l’espace public. Pour rappel, parce que j’en ai déjà parlé dans cette instance, en octobre dernier, vous avez, par un courrier écrit aux membres du CODEV et rendu public, jeter le doute sur le travail du CODEV et des agentEs.
Parce que oui, les moyens et l’indépendance de cette assemblée consultative sont la condition nécessaire pour qu’elle puisse participer pleinement à la démocratisation de l’action publique, à faire entendre la voix des inaudibles. La crise démocratique que nous traversons l’exige.
Maxime Le Texier :
Je souhaiterais à mon tour remercier au nom de nos 2 groupes, Alternative pour une Métropole Toulouse Ecologique et Solidaire, le CODEV et Marie-Christine Jaillet pour tout le travail accompli pendant le mandat.
Je ne changerai pas un mot de ma prise de parole à ce sujet en décembre 2020, je me cite, ça fait pas de mal : « Les fascicules qu’il produit sont d’excellents outils de pédagogie citoyenne, permettant efficacement une montée en compétence des habitant.es sur nos enjeux qui aide à réduire la fracture qui mine notre démocratie, je veux parler de celle entre les éluEs et les citoyenNes » et j’en rajoute d’autres : bravo pour la concertation mode Hackathon rue de Metz, bravo pour les 2 cycles de conférences sur la transition offertes aux agents et aux habitantes et habitants. Un format original, le soir pour les habitantes et habitants, le lendemain pour les agents.
Je suis très heureux également que le vœu que nous avions porté dans cette enceinte sur le fait que nous toutes et tous ici vivent un atelier 2 tonnes ait été porté avec brio par le CODEV, adapté à la sauce toulousaine et dispensé à plus de 120 éluEs, 1200 citoyens et 2000 agents.
Je reviens sur le mot fracture utilisé en 2020. Où en est cette fracture ?
Je le disais au maire de Toulouse semaine dernière: elle empire, 74% des FrançaisEs n’ont pas confiance dans la politique, pire chiffre depuis la naissance du baromètre CEVIPOF.
Et pourquoi cela empire ?
Pour l’illustrer, je vais comparer deux documents pédagogiques, j’ose le mot pour l’un deux, deux documents opposés:
– à ma gauche le premier livret du CODEV que j’ai dévoré « Le bien-être dans la Métropole Toulousaine”, 2016, j’étais responsable associatif à l’époque. Il traitait de la création d’indicateurs participatifs au service des politique publiques. Comme souvent, pédagogie, complexité, retenue, exposition de points de vue différents, questionnement. Un modèle de montée en conscience pour les citoyens.
– dans l’autre, le tract que mentionne ma collègue Mme Honvault. Alors je sais que cet espace n’est pas un espace de campagne donc je ne rentrerai pas dans le fond de ce tract, ça n’intéresse pas grand monde parmi nos collègues des autres communes mais je veux souligner le gouffre entre ces publications et leur impact sur notre démocratie.
En fait, tout le travail de pédagogie et de prise de conscience de 6 ans du CODEV se retrouve décimé en quelques jours quand M. le président vous prêtez votre voix et votre visage, de maire et de président, à des tracts indignes et mensongers.
Que croyez-vous que les habitantes et les habitants retiennent ? Les publications pertinentes du CODEV qui souffrent, cela a été dit de manque de visibilité et d’appui par notre collectivité, ou vos pamphlets douteux distribués à 300 000 exemplaires dans les boîtes aux lettres des toulousaines et toulousains soit la moitié des habitantes et habitants de de notre Métropole ?
Qu’en retiennent-ils ? Que la politique c’est l’agression, les attaques personnelles, les photos volées de ma personne ou d’autres? Et la démocratie plonge alors que pour la sauver nous avons besoin de hauteur.
J’appelle ainsi à des campagnes électorales dignes, par respect pour le travail quotidien du CODEV, des agents, des associations qui cherchent à redonner confiance dans notre système politique.
Et je porte ici l’espoir, pour le prochain mandat, pour le CODEV et les instances d’intelligence collective que nous soutenons, de voir des pas démocratiques franchis en plus pour contrebalancer les tristes propagandes :
– d’abord que la Métropole s’engage, comme avec le mécanisme obligatoire des rapports de la Chambre Régionale des Comptes, à rendre des comptes justement sur toutes les préconisations portées par le CODEV avec un plan d’action clair pour chacune. Il y a déjà des discussions a posteriori mais je parle d’un engagement à répondre point par point. Un exemple de méthode pourrait être Blagnac où cette méthode est utilisée et un exemple de sujet de fond pourrait commencer par l’excellent et récent rapport du CODEV sur la logistique urbaine où nombre de préconisations fortes et pertinentes sont formulées mais sans que rien n’ait bougé sur ce sujet tristement morne de votre mandat
– Plus encore nous espérons voir fleurir des groupes de travail communs avec les éluEs et le CODEV sur la base des préconisations, moyen à la fois de nourrir la collectivité des compétences acquises mais de maintenir aussi la motivation des membres du CODEV qui verraient ainsi leur travail considéré. Je prends un exemple : les comités de ligne Réseau Expess Vélo (REV) expérimentés par le Codev sur 2 lignes de REV qui n’ont pas été généralisés par Toulouse Métropole
– Et pourquoi pas, rêvons, que la Métropole mette en place elle-même, inspirée par le CODEV des assemblées citoyennes, aussi appelées conférences de consensus qui articuleraient habitants, élus, agents et corps intermédiaires pour produire des politiques publiques courageuses. Assemblées citoyennes accompagnées par une Académie de la démocratie qui formerait sur le fond, comme ce qu’a fait le CODEV sur la transition mais aussi sur les méthodes d’intelligence collective non seulement pour les agentEs mais aussi les éluEs et les citoyenNes.
Je parlais de REV. Tous ces rêves devront s’accompagner d’une lourde tâche : travailler toujours avec assiduité le sujet le plus difficile, le fameux TLM, “Toujours les mêmes” et de la, je reprends vos mots, Mme Jaillet, “quête de la représentativité” à laquelle le CODEV mais aussi cette assemblée sont confrontés. Quête sans fin mais qu’il faut en permanence mettre sur la table.
L’ingéniosité sur les formats, les modes de compensation citoyenne, la garde d’enfants, le choix des sujets, les relais de terrain associatifs.
Comme le CODEV nous y invite, il nous faudra garder cette boussole pour notre collectivité.
Voilà, je rêve mais c’est parce que face à la boue il faut porter l’espoir
Comme cela sera ma seule intervention du conseil, je voudrais finir en remerciant mes collègues éluEs de toutes les communes d’avoir prêté l’oreille à nos interventions qui n’avaient pour but que de faire vivre la démocratie et une parole libre dans cette enceinte.
Je voudrais remercier aussi les agents pour leur travail justement de montée en compétences à notre égard via les commissions ou les réponses aux mails que nous envoyons.
Nous vous devons beaucoup dans l’exercice de notre rôle, souvent ingrat, d’ une sorte d’ « opposition » puisque c’est celui dans lequel nous avons été assignés , mes collègues d’AMC et de TESC, en punition pour ne pas avoir accepté de signer le pacte de gouvernance.
Je voudrais en terminer par cela, si une direction politique doit être agréée en début de mandat et un mode de gouvernance collectif décidé conjointement, rien ne justifie d’écarter pendant 6 ans des éluEs de cette collectivité de toute positon de responsabilité, de toute construction collective et de toute décision en amont de ce conseil.
Mais en 2026 une nouvelle gouvernance verra le jour, j’en suis sûr.
