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Conseil métropolitain du 06/04/2023 – contrat de ville (Caroline)
Conseil métropolitain du 06/04/2023 – contrat de ville (Caroline)

Conseil métropolitain du 06/04/2023 – contrat de ville (Caroline)

Caroline lors du conseil métropolitain du 6 avril 2023

7.1 RAPPORT D’EVALUATION FINALE DU CONTRAT DE VILLE

 

Monsieur le Président, Chers Collègues,

 

Quelques mots sur ce rapport d’évaluation finale, d’abord pour en souligner la grande qualité. En effet, ce document va bien au-delà de l’exercice obligé que constituent parfois les rapports d’évaluation, puisqu’en plus de faire un bilan des actions mises en œuvre (bilan d’ailleurs souvent un peu décevant par rapport aux ambitions que portait le contrat de ville), il dessine des perspectives qui aideront à la rédaction du futur Contrat de ville.

Ensuite, sur le temps imparti, je voudrais dire quelques mots sur un des axes développés dans ce document, celui du renouvellement urbain.

Si les objectifs affichés, rééquilibrer l’offre de logement social à l’échelle de la métropole ou mettre en œuvre une stratégie de diversification des quartiers notamment, peuvent paraître louables, il nous semble nécessaire de rappeler qu’il y a actuellement une mobilisation importante qui conteste la démolition. Cette mobilisation est à la fois le fait d’un collectif d’architectes qui souligne la qualité architecturale des bâtiments conçus par Candilis et d’une partie des habitantes et d’habitants des immeubles voués à être démolis.

Je ne sais pas qui a raison, mais ce qui est certain, c’est qu’on ne fait pas le bonheur des gens contre leur gré, et donc que même la meilleure des mesures publiques, si elle n’est pas comprise et acceptée, ne peut être considérée comme pleinement satisfaisante.

Et ce n’est pas en commençant à démanteler un immeuble alors que des habitants vivent toujours dedans qui va contribuer à apaiser les choses…

Cette mobilisation signifie donc au minimum qu’il y a eu un défaut d’explication.

En outre, les programmes de renouvellement urbain sont des programmes de long cours, pour lesquels il se passe de nombreuses années entre leur conception et leur réalisation. Si, entre temps, émergent de nouvelles problématiques, en particulier pour ce qui est de la période actuelle, les enjeux écologiques qui tendent à faire préférer les rénovations plutôt que les démolitions/reconstructions, il est de la responsabilité des pouvoirs publics d’en tenir compte, d’envisager une adaptation des projets.

Par ailleurs, un mot plus général peut être sur ce qui fonde ces projets, à savoir la question de la mixité sociale.

Cette ambition de plus de mixité sociale pour ces quartiers s’appuie sur l’idée que ceux-ci seraient des « ghettos » et qu’il faudrait donc les « deghettoïser » : il serait important de clarifier ce que l’on entend par ces termes. Dans ces quartiers, s’il est vrai qu’il y a une proportion importante de ménages pauvres ou très modestes, si la question de la mixité concerne celle des « origines », à cet égard, ces quartiers sont bien plus mixtes que les quartiers de centre-ville. Autrement dit, les quartiers les plus ségrégués dans une ville sont bien les quartiers les plus riches, et même, le phénomène de ségrégation dans les quartiers pauvres est une conséquence de l’existence des ghettos de riches. La question de la désegrégation doit donc se penser à une échelle bien plus large que celle des quartiers dits sensibles.

Autre questionnement : la notion de mixité sociale a tendance à être mise en avant à partir d’un idéal républicain qui valorise le citoyen sans attache, qui s’abstrait de ses origines. Cette vision est très française, et peut être discutée. Si ce que l’on recherche, c’est de créer les conditions d’un bien vivre-ensemble, est-ce la question du « habiter ensemble » ou celle du « faire ensemble » ? Et donc, faut-il forcer la mixité sociale, au nom du refus de la fracture urbaine et sociale, quitte à déplacer de force des populations, à casser des réseaux de solidarité construits sur des décennies parfois, ou penser le faire-ensemble, en organisant des moments de rencontres, dans le cadre éducatif, culturel, associatif, citoyen ?

La question à se poser est de savoir si les populations de ces quartiers sont assignées à résidence, auquel cas leur proposer une mobilité résidentielle est pertinente. Si cela n’est pas le cas, comme le laisseraient penser certaines des mobilisations qui se font jour depuis plusieurs années dans les QPV, alors peut-être que l’orientation que nous prenons n’est pas la bonne.

Encore une fois, je ne sais pas qui a raison, sans doute la réalité est-elle complexe et diverse, mais, puisque cette mobilisation existe, alors peut-être que cela signifie qu’adopter une attitude responsable serait d’entendre ce que celles et ceux qui se mobilisent ont à dire et, en attendant, mettre sur pause les projets en cours…

Je vous remercie.